Vendredi 22 mai 2009
Islamabad – Chattar Plain (KKH)
Nous quittons Islamabad en début de matinée, en compagnie du Wonbats le land cruisers de Marie Claude et Jonathan , direction la Karakorum Highway.
La route du Karakorum (KKH) est une route stratégique de 1300km construite par les armées pakistanaise et chinoise de 1966 à 1982 à travers le massif montagneux du Karakorum. C’est également la plus haute route asphaltée du monde : elle relie la Chine au Pakistan, en franchissant des cols jusqu’à 4693 mètres d’altitude. Cette route emprunte les itinéraires de la Route de la Soie. C’est une route mythique pour les voyageurs overland et c’est avec beaucoup d’excitation que nous quittons Islamabad !
Nous faisons la route jusqu’à Taxila puis Abottabad. Nous sommes dans la campagne verte du Pakistan. Au loin nous distinguons des montagnes rocailleuses. Nous roulons toute la journée mais la route n’est pas très jolie pour cette première journée, nous sommes encore au sud de la KKH. Nous nous arrêtons dans un PDTC, hôtel gouvernemental pakistanais au sommet d’une colline. Nous pouvons dormir gratuitement dans le jardin. Le temps est irréel, nous sommes en plein milieu du Pakistan et l’atmosphère est si calme. En contre bas, les clameurs du public regardant sans doute un match de cricket ou un jeu local remonte jusqu’à nos oreilles.
Un pakistanais accompagné de deux amis arrivent à l’hôtel. Il a sans doute été prévenu de la présence d’étrangers et est venu par curiosité. Il nous offre le thé et un plat de frites. Les Pakistanais ont un sens de l’hospitalité extraordinaire. Nous parlons beaucoup du Pakistan et notamment du problème dans la vallée de la Swat. En décembre 2008, la plus grande partie de la vallée de Swat a été soumise aux insurgés talibans. Les militants islamistes dirigés par Maulana Fazlullah et son groupe Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi ont interdit l'instruction pour les filles et détruit par explosion ou incendie plus de 170 écoles, ainsi qu'une série de bâtiments gouvernementaux. Un accord passé entre Islamabad et les talibans, en février 2009, échangeait un cessez-le-feu de dix jours contre l'instauration de tribunaux islamiques, avec l'exigence de réouverture des écoles de filles. Les talibans ayant rompu le cessez le feu et pris le contrôle quelques jours d'une région proche de Mingora, cette action a provoqué une réponse militaire du gouvernement pakistanais qui à ordonné le 7 mai 2009 à l'armée pakistanaise d'éliminer les talibans du district de Swat. Le 30 mai 2009, l'armé annonce avoir repris le contrôle de Mingora, la plus grande ville du district mais l’offensive continue toujours aujourd’hui, faisant des milliers de déplacés.
Lucie
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Samedi 23 mai 2009
Chater Plain – Barsin (KKH)
Levé aux aurores, soit à 7h00. Nous devons avancer, Gilgit est encore loin. La bonne route disparaît pour laisser la placer à une piste en travaux. Nous nous faufilons entre les camions et les bus. A de nombreux carrefours des hommes font la quête. Ce sont sans doute des déplacés de Swat ou des réfugiés afghans ne trouvant pas d’autre moyen de survivre.
Nous arrivons à un check post au changement de région, et entrons dans l’Indus Kohistan. Cette région est réputée pour être une zone de non-droit au Pakistan mais si l’on ne sort pas de la KKH, il n’y a aucun danger. Nous sommes alors surpris de recevoir une escorte de police. C’est la bifurcation pour la vallée de la Swat. Nous ne sommes qu’à une centaine de km de Mingora mais où nous sommes il n’y a aucun danger pour nous. Un pimpin (merci Boomerang d’avoir enrichi notre vocabulaire) monte dans le camion avec sa kalachnikov pour nous escorter sur quelques kilomètres. Dans le village suivant, le policier descend pour laisser la place à deux pimpins en mobylette. Autant dire que notre sécurité est assurée. Les escortes se mettrons en place jusqu’au soir.
Nous traversons des villages très traditionnels, toutes les images et clichés du Pakistan sont réunis. Les hommes portent des habits traditionnels, de longues barbes et le bonnet pachtoune rendu célèbre par le commandant Massoud. La végétation est rocailleuse, les montagnes aux pentes très très abruptes sont gigantesques. Nous nous sentons tous petits dans Meiwenti.
Dans l’après midi nous croisons un grand malade, un cycliste suisse qui fait la route de la Karakorom Highway : 16 000km depuis Lausanne en passant par l’Asie centrale puis la Chine. On vous donne son site c’est vraiment très bien fait : www.un-peu-plus-loin.ch
Sébastien, on te fait de gros bisous et bonne continuation !!! Nous nous arrêtons pour discuter. Au bout de 20 minutes la police excédée nous somme de remonter dans nos voitures car l’endroit est dangereux. Ils obligent même Sébastien à continuer avec escortes. Nous reprenons notre route en ce donnant rendez vous au camping d’Islamabad.
18h, il est temps pour nous d’arrêter de conduire. De toute manière Gilgit est encore à plus de 200km et nous ne pourrons l’atteindre avant la nuit. Nous nous arrêtons toujours dans une PDTC au bord d’une rivière. Les flics défilent, chacun veut mettre son grain de sel et nous nous retrouvons à faire des manœuvres pas possible pour mettre les camion dans le jardin du PDTC au lieu de les laisser tranquillement sur le parking. Cela ne change rien mais nous ne voulons pas froisser les flics. On s’exécute.
Lucie
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Dimanche 24 mai 2009
Bassenn – Gilgit (KKH)
Nous partons de bonne heure le matin mais l’escorte n’est pas au RDV. Nous l’attendons un petit moment sur le bord de la route mais rester longtemps au même endroit sans bouger nous semble plus dangereux que de partir sans escorte. Nous partons donc sans elle, elle nous rattrapera plus loin.
Ce matin les paysages sont impressionnants. Nous passons dans une gorge, le route est étroite et les pentes de la falaises tombent à pic dans la rivière Hunza. Le soleil se reflète sur les immenses montagnes qui se dressent au-dessus de nous. C’est sans aucun doute l’un des moments les plus prenants du voyage. L’excitation se mélange à l’appréhension, et les paysages sublimes nous enivrent. Déjà à l’époque de la Route de la Soie cette région était l’une des plus inhospitalière du trajet. Notre liberté sera de courte durée car l’escorte nous rattrape et nous devons faire des haltes régulières pour les relais. A la sortie de l’Indus Kohistan, les escortes s’arrêtent et nous reprenons notre route, normalement.
Nous nous arrêtons à Chilas, qui est connue pour ses pétroglyphes, inscriptions gravées dans la roche datant parfois de plus de 2000 ans. Des voyageurs de tous les temps ont également laissés une trace de leur passage. Mais après une longue marche jusqu’à la rivière en plein soleil et une heure de recherche nous devons abandonner car nous ne trouvons pas ces fameuses inscriptions. Après Chilas, nous traversons de nombreux villages traditionnels, les hommes portent la tenue pakistanaise et les femmes sont inexistantes. Il nous arrive de rouler de longues heures sans voir une femme. Les femmes sortent le matin faire quelques courses puis rentrent chez elles. Comme nous le dira un homme parlant français à Gilgit : « les femmes font les courses le matin puis elles rentrent chez elles. Elles ne traînent pas, pourquoi resteraient-elles dans la rue pour ne rien faire ? ». Il n’y a pas de magasins ni de shopping à faire, il n’y a pas de cafés ou autres distractions, et les femmes ne travaillent pas. Les femmes se voilent de la tête au pied pour sortir et nous voyons beaucoup de femmes porter la burqua. Je ne porte pas le voile et affronte le regard haut les coups d’œil réprobateurs qu’on me lance. Tant que je suis avec Fabrice, personne ne me fera de réflexion. Au Pakistan, les femmes catholiques ne portent pas le voile et les hommes sont habitués à voir certaines femmes à la télévision ne pas porter le voile. La présentatrice du journal télévisé ne porte pas le voile. Mais de voir en vrai une femme étrangère semble laisser beaucoup d’hommes perplexes. Je n’ai encore jamais eu un seul contact avec une femme au Pakistan, ne serait-ce qu’un regard. Cependant, je vis cela beaucoup plus sereinement qu’en Iran, où le voile m’a vraiment oppressée.
La route se poursuit, délaissant les montagnes austères pour laisser place à un plateau vert, où les abricotiers et pêchers poussent de toute part. La route est en travaux, les nids de poule sont fréquents et la poussière que soulève Meiwenti entre dans le camion part la moindre petite ouverture. Le vent se lève et soudain une tempête de sable s’abat sur nous. Nous continuons à rouler lentement mais un chauffeur de camion nous fait signe de s’arrêter, des pierres sont en train de tomber de la falaise sur la route. Nous marquons une pause et nous ne voyons bientôt plus la voiture de devant. Lorsque la tempête se calme un peu nous reprenons la route car il est dangereux de rester sous la falaise, la moindre pierre peut casser le part-brise de Meiwenti. Nous passons le passage délicat mais devons bientôt à nouveau faire une pause, la tempête se transforme en tourbillon et nous ne voyons absolument plus rien. Nous stoppons et attendons la un bon quart d’heure que le temps se calme. Heureusement que nous avons arrêté de rouler car nous nous sommes trompés de route avec la tempête et la route que nous avons emprunté donne sur un énorme trou.
Nous reprenons le chemin de Gilgit où nous arriverons épuisés. Heureusement, le jardin du PDTC de Gilgit est un petit paradis. Nous sommes à l’ombre des platanes, avec eau à volonté, douches chaudes et vue magnifique sur les montagnes environnantes.
Lucie
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