Jeudi 28 mai 2009
Gilgit – Karimabad
Les émotions de ces derniers jours nous ont laissé un goût amer dans la bouche mais nous décidons tout de même de poursuivre notre route vers le nord du Pakistan. Les montagnes sont réputées être l’un des endroits les plus sûr du pays et les gens les plus accueillants. Peu après notre sortie de Gilgit, notre route est bloquée par un camion qui s’est couché sur le bas côté. Le chauffeur dort dans le part buffle du camion, des routiers attendent que la situation se débloque. Quelques mini-van Suzuki arrivent à se faufiler sous les roues du camion couché, les passagers devant descendre et pousser pour éviter que le véhicule ne se retrouve dans le bas du ravin. Devant nos mines déconfites, un routier vient nous avertir que les chinois doivent arriver avec une grue pour relever le camion. Des habitants du coin nous expliquent qu’il y a une petite route pour contourner l’obstacle mais que la piste n’est praticable que par les jeeps. Fabrice et Jonathan partent voir l’état de la route mais reviennent bien vite : il est impossible pour Meiwenti de passer. Nous jouons donc aux cartes et trois heures après, les chinois ne sont toujours pas arrivés !
Jonathan et MC reprennent leur route vers Karimabad, nous rebroussons chemin et essayons de trouver une autre route. De l’autre côté de la rivière nous apercevons une route et tentons donc de la rattraper. Nous devons revenir jusqu’au PDTC de Gilgit, là où nous étions ce matin et rattrapons sans trop de problème la route de l’autre côté de la rivière. Il est 16h et nous sommes toujours au même endroit que ce matin. Heureusement la route est en parfait état, nous ne mettrons que trois heures pour rejoindre Karimabad alors que par la Karakorum nous aurions mis le double de temps. Les paysages de Gilgit à Hunza dépasse encore la grandeur et la beauté de ce que nous avions vu depuis Islamabad. Les pics enneigés du Nanga Parbat, du Rakaposhi et autres sommets nous fascinent. Quelques déserts de sable sortent de terre, au pied des glaciers des plus hauts sommets du monde. Plus nous approchons de Karimabad et plus le vert de la vallée de Hunza contraste avec le blanc immaculé des sommets enneigés.
Nous retrouvons les québécois à Hunza (Karimabad) et dégustons un thé devant le Baltit Fort, un des monuments les plus célèbre du Pakistan. De loin, le fort semble posé sur un rocher, et se confond avec la falaise. C’est splendide. Alors que nous sirotions notre thé, Laurent et Amandine, des français que nous avions rencontré à Delhi, nous appelle et nous dise qu’ils sont dans un camping à 5km d’où nous sommes. Nous reprenons la route et partons les retrouver. Après l’enlèvement d’Antoine, nous avons tout de suite décidé de s’organiser en convoi pour traverser le Balouchistan. Nous nous retrouvons finalement un peu avant, cela fait du bien de discuter de l’enlèvement, de la situation au Pakistan, nous nous sentons moins seuls. Le camping est entouré de sommets à plus de 7000m d’altitude. Nous profitons du coucher de soleil sur le mont Rakaposhi qui culmine à 7800m.
Lucie
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Vendredi 29 mai 2009
Karimabad
Sur les conseils de Nasir que nous avons rencontré à Gilgit, nous souhaitons monter jusqu’à Passu, réputée comme la région ayant les paysages les plus fascinants de la Karakorum. Mais dès la sortie d’Aliabad, un flic gesticule et siffle sans discontinu à notre attention. Des hommes bloquent la route et sont en grève. Suite à notre expérience des grèves et des blocages de routes au Népal, nous n’avons pas la force de poursuivre vers le Nord.
Nous optons pour une randonnée au dessous du glacier du mont Rakaposhi. Le sentier monte en pente raide mais les paysages sont si somptueux que nous en oublions la pente. Après une heure de grimpette, nous voilà bloqués par un rocher qui se jette dans la rivière : soit nous escaladons le rocher, soit nous traversons le torrent…après réflexion les deux sont risqués : nous pique-niquons face au glacier et laissons nos amis québécois géologues jouer avec quelques pierres ! Nous devons abandonner l’idée d’aller toucher les neiges éternelles et nous résignons à redescendre dans la vallée.
Nous retrouvons le PDTC de Gilgit, notre petite escapade au nord aura été courte mais les paysages se seront révélés somptueux. Malheureusement, l’engouement du début de voyage s’estompe au fur et à mesure que les mauvaises nouvelles tombent.
Lucie
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Samedi 30 mai 2009
Gilgit
Aujourd’hui Fab réalise un de ses souhaits au Pakistan : voir un match de Polo dan un stade entouré de montagnes! C’est le dernier match de la saison, la finale de Polo entre les NLI (Northern Limitation Infanterie) et les NA Scouts, deux équipes de polo militaires. Le match a été joué il y a quelques semaines mais suite à une bagarre, il a été annulé et reporté. Nous retrouvons Nasir et partons avec lui et deux autres étrangers au match. Les étrangers ont des sièges réservés dans les tribunes VIP, à côté des politiques et des officiels de la ville de Gilgit. La grille d’accès aux tribunes VIP est fermée par une grande grille cadenassée et il faut montrer pattes blanches pour entrer. Le stade est déjà plein à craquer mais nous trouvons quelques sièges malgré le monde. Un groupe de musique met l’ambiance. Sur le terrain de polo, des hommes dansent, des militaires gesticulent dans tous les sens, un camion de pompier arrose le terrain à la lance à incendie. J’ai beau regarder partout, il n’y a aucune femme au stade.
Lorsque les joueurs entrent sur le terrain, les gens acclament leurs idoles. Les deux équipes sont de Gilgit mais il y a une nette préférence dans le stade pour les NA Scouts. Après un petit cérémonial, le match est lancé. Le polo pakistanais se joue sans arbitre et le fair-play est la base du jeu. Tous les coups sont permis, mais d’après Nasir les joueurs restent très courtois entre eux. Le jeu se joue normalement en 9 points gagnants ou une heure de jeu, mais pour la finale, le jeu dure une heure, même si une équipe arrive avant aux 9 points. Dès le début du match, les NLI prennent largement l’avantage et c’est la pâtée pour l’équipe adverse. Quelques coups fusent et le match s’arrête le temps de soigner les blessés. Il faut être très agile pour monter à cheval et, tout en étant au galop, taper avec une crosse dans la balle de polo.
Le match est enflammé mais nous observons surtout les gens qui nous entourent. Dès qu’une petite altercation commence entre deux joueurs, ce n’est pas l’arbitre qui s’en mêle mais directement l’armée ! A plusieurs reprises une dizaine de militaires entrent sur le terrain et à coup de bâton débloquent la situation. Les gens rient, s’agitent, mais restent très disciplinés. Il n’y a pas de sifflets contre l’adversaire, pas de gestes déplacés, les deux équipes se respectent.
Les NLI gagnent 12-3, dès la fin du match des dizaines de militaires descendent sur le terrain pour sécuriser les joueurs. Les spectateurs peuvent descendrent sur le terrain mais n’ont pas le droit d’approcher les gagnants. Des cordons de sécurité et des matraques repoussent la cohue. Nous restons tranquillement dans nos gradins VIP le temps que toute cette agitation redescende.
Un suédois, officier aux Nations-Unis et travaillant pour la sécurisation des frontières entre l’Inde et le Pakistan nous invite à boire un verre. Nous nous retrouvons dans une voiture blindée UN, direction la base des UN à Gilgit. C’est en fait une petite maison, il y a là deux officiers internationaux (le collègue au suédois était absent ce jour), trois chauffeurs pakistanais et un cuisinier. Notre hôte nous offre à boire, il s’ennuie tellement tout seul dans sa maison qu’il est très heureux de nous avoir chez lui. Il se met en quatre pour nous faire plaisir et nous prépare même un barbecue délicieux. Nous passons une soirée mémorable, en compagnie d’un suédois des UN, d’un hollandais fou qui partait visiter l’Afghanistan, d’une hollandaise visitant seule le Pakistan et de nous quatre, pauvres routards français et québécois bloqués au Pakistan pour une histoire de visa iranien! Nous discutons du travail des Nations-Unies au Pakistan, la plus ancienne mission de maintien de la paix après celle travaillant sur le conflit israélo-palestinien. Les tensions sont encore vives mais les UN espèrent se retirer d’ici quelques années.
Puis l’entraîneur du match de polo de l’équipe gagnante passe saluer l’officier suédois. Il nous convie tous dans la caserne pour célébrer avec eux la victoire. L’homme est très heureux et boit quelques verres de rouge et quelques bierres. Le Pakistan est un « dry state », c'est-à-dire que l’alcool est interdit aux musulmans mais tous les pakistanais que nous avons rencontré boivent de l’alcool !!! Nous assistons aux danses de toutes les régions du Pakistan part des militaires heureux de leur victoire. Nous sommes des hôtes de marque et l’on nous sert le thé. La musique est enivrante, nous sommes là à Gilgit à célébrer la victoire d’une équipe de Polo avec des militaires, la vie est une suite de belles rencontres et de situations incongrues…nous sommes en plein dedans !!!
Lucie
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