Mardi 18 aout 2009
Lac Song-Kol - Naryn
Nous quittons Song-Köl la mort dans l’âme. Si notre bouteille de gaz n’était pas vide nous serions bien restés un jour de plus au paradis mais il fait vraiment trop froid et sans gaz ce n’est pas gérable. Nous traînons à ramasser le bivouac, marchons à reculons jusqu’au camion et trouvons le moindre prétexte pour rester encore un peu. Mais il nous faut partir avant que le ciel ne se couvre, nous voulons éviter une averse en cours de route. La famille à JCVD, nous voyant partir, nous fait de grands signes pour nous dire de venir boire une dernier thé mais nous avons peur que le dernier thé se finisse plutôt en dernier verre. Nous les saluons de loin et disparaissons. Je ne sais pas pourquoi je suis triste comme ça de quitter cet endroit, de toute façon aujourd’hui j’ai le moral dans les chaussettes. Je n’arrête pas de penser au retour en France, je ne veux pas rentrer. Je veux rester ici au milieu de ces paysages splendides, de ces chevaux sauvages, de ces gens si sympathiques. Mais Fab me rassure, il nous reste encore quelques jours au Kirghizstan, de plus le voyage est encore loin d’être fini.
La route pour redescendre se fait bien et nous arrivons à Naryn en milieu d’après-midi. Naryn est la dernière ville digne de ce nom avant la Chine. Ici, les gens vivent loin de tout, plus près de la Chine que de leur capitale. De gros semi-remorques chinois débarquent ici leurs marchandises avant de reprendre la route dans l’autre sens. Nous avons faim et avant de s’atteler à la tâche ardue qui nous attend, nous mangeons des langmans dans un « cafe » sur la route principale. Le café, le seul que nous ayons trouvé dans Naryn, est sale, les mouches s’en donnent à cœur joie et les quelques hommes qui sont assis ne mangent pas mais se finissent à la vodka. Un homme, complètement saoul, me tombe dessus en voulant se lever de sa chaise. Fab le soupçonne de ne pas être si saoul que ça. D’ailleurs, ici, les hommes me mettent mal à l’aise et ne manquent jamais une occasion de me toucher, c’est fatiguant. Je n’aime pas Naryn mais nous sommes bloqués ici tant que nous n’avons pas trouvé une solution pour faire remplir notre bouteille de gaz.
Le hic, c’est qu’au Kirghizstan nous n’avons pas le souvenir d’avoir vu des stations GPL. Nous dénichons un vendeur de bouteilles de gaz et lui demandons comment remplir notre bouteille. Il ne parle pas deux mots d’anglais mais sait dire « enchanté mademoiselle », qu’il répète à tue-tête à chaque fin de phrase. Il sent la vodka et ses yeux sont rougis par l’alcool. Dans cette ville, le taux d’alcoolisme doit battre des records. Il nous dit que les bouteilles de gaz sont remplies à Bichkek et apportées à Naryn chaque semaine. Il ne peut rien pour nous, sauf nous vendre une bouteille de gaz. Fab se rend compte que les raccords internationaux que nous avons acheté une vrai fortune en France ne fonctionnent pas sur les bouteilles kirghizes. Nous devons donc trouver un détendeur. L’homme nous dit d’aller voir dans les boutiques en face de son magasin mais à part des bouteilles de vodka et quelques morceaux de pain, les boutiques ne vendent pas grand-chose d’autres. Son fils prend un peu les choses en charge et propose de nous conduire dans une autre boutique de gaz où ils ont un détendeur. Sur place, nous empruntons le détendeur et retournons au premier magasin de bouteilles. Nous avions pourtant fait un dessin et expliqué au vieux que nous voulions transvaser le gaz de la bouteille kirghize vers notre bouteille mais lorsque Fab commence à vider la bouteille, le vieux l’arrête tout de suite. Il ne veut pas que nous fassions ça et empêche Fab de continuer. Fab lui demande d’arrêter de paniquer mais rien à faire. Nous cédons, achetons la bouteille et le détendeur et partons faire notre affaire sur un parking désert. Mais après une heure d’attente, notre bouteille ne se vide pas. Force est de constater que le process de transfert entre les deux bouteilles ne marche pas…on devra poser la question à Thierry car on a du louper une étape ! Nous installons notre bouteille kirghize sous la cuisine et fixons notre bouteille française vide sur le toit, calée entre la roue de secours et les jerrican d’essence.
Nous bivouaquons près de la rivière, sous la pluie, comme presque tous les jours au Kirghizstan.
Lucie
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Mercredi 19 août 2009
Naryn – Tach Rabat
La rivière n’a pas débordé malgré les orages de la nuit. Nous repartons dans Naryn pour essayer de trouver une solution pour notre bouteille de gaz mais au bazar personne n’a le tuyau que nous cherchons. Nous profitons d’être au marché pour faire quelques courses, avec une bonne nuit de sommeil la ville est plus accueillante. Nous nous garons non loin du magasin où nous avons acheté notre bouteille de gaz la veille. Le papi vient nous saluer et demande à Fabrice quelques soms pour payer le coup de téléphone qu’il a passé la veille. Au bazar nous avons demandé le prix d’un détendeur et le papi a largement de quoi rembourser son coup de fil grâce aux soms qu’il a gratté en nous vendant son détendeur. Le papi commence à retenir la portière mais Fab lui dit en français qu’il a deux secondes pour lâcher la porte. Le papi comprend que Fab ne rigole pas, au loin on voit son fils mort de honte qui regarde la scène. Il est midi, le papi est déjà complètement saoul, il essaye par tous les moyens de trouver quelques soms pour s’acheter une bouteille. Ca sera sans nous.
Nous prenons la route de Tach Rabat, ce fameux caravansérail perdu dans les montagnes à une cinquantaine de kilomètres du col de Torugart, délimitant la frontière avec la Chine. La route est belle mais le temps n’est pas à la fête et nous nous prenons même une bonne averse de grêle. Je roule lentement pour ne pas faire un éclat dans le pare-brise. Une fois entré dans le parc national, des décors majestueux s’offrent à nous. Encore des collines verdoyantes aux flancs ondulés, encore des chevaux sauvages, encore des sommets enneigés…mais c’est vrai on ne s’en lasse pas ! Et là, au sommet d’une colline, un caravansérail aux allures de mausolée, offrait déjà aux voyageurs fortunés des siècles passés une halte agréable sur une des routes de la Soie. Sa forme irrégulière et son emplacement improbable ont alimenté de nombreuses légendes locales. Aujourd’hui, un groupe d’une dizaine de français visite également le lieu et cela nous fait bizarre de visiter ce site si loin de tout et d’entendre parler français. Les français ne nous daigne même pas un bonjour, tant pis !
Nous visitons le caravansérail qui a été restauré en 2004 d’une manière un peu maladroite mais l’ensemble reste impressionnant. Puis nous nous trouvons un bivouac au bord de la rivière, un peu à l’écart des camps de yourtes. Les français sont toujours là et nous observent de loin…il n’y a pas grand-chose d’autre à faire pour eux ici ! Un français fait mine de venir regarder la rivière près de Meiwenti mais dès que nous lui sourions il s’en va ! Un autre s’approche finalement et vient discuter avec nous. Un militaire dans la cinquantaine, qui en est à son 40ème voyage et qui nous affirme que la Mongolie est bien différente du Kirghizstan. Allez on vous dit pourquoi : les yourtes sont blanches en Mongolie et les chevaux plus petits…c’est vrai que ça doit faire toute la différence ! La nuit tombe et le froid avec. Nous rentrons nous mettre au chaud dans la voiture et allumons le chauffage, il fait 5°C dehors.
Lucie
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Jeudi 20 août 2009
Tach Rabat
Il pleut, il pleut nous sommes au mois d’août et il n’arrête pas de pleuvoir, il neige même juste au-dessus de nous, les sommets que nous voyions verts la veille sont maintenant tous blancs. Lors d’une éclaircie, nous partons faire une randonnée. Le chemin n’est pas très agréable car il suit la rivière et parfois nous oblige même à mettre les pieds dans l’eau. Mais les décors sont grandioses et nous surmontons ces quelques obstacles car notre but est d’arrivée jusqu’au pied du glacier que nous apercevons au loin. Nous passons des cabanes où des bergers vivent là quelques mois dans l’année pour faire paître leur bétail. Nous voyons des centaines de marmottes, elles sifflent de grands cris stridents, comme si elles voulaient nous narguer sachant que nous ne pourrons les attraper. Fab, depuis qu’il a appris une recette mongole des Bufard, cherche de gros galets pour faire cuire les marmottes au barbecue. La recette : lui couper la tête, la vider et la fourrer de galets, le plus dur étant bien sûr de l’attraper. Moi je me contente de les regarder de loin, de les observer jouer entre elles et au moindre danger de se terrer dans leur terrier, laissant juste dépasser la tête pour observer la campagne. Elles sont énormes ces marmottes et vraiment belles, de vrai peluches.
Une fois arrivés au pied du glacier le temps se couvre et le ciel est noir, une tempête se lève, le vent entre les falaises s’en donne à cœur joie. On se sent tout petit dans cette vallée, nous prenons le chemin du retour. Malgré le froid qui nous glace nous prenons le temps de jouir de cette nature si préservée. Un papi nous fait de grands bonjour lorsqu’on passe, peu rassuré, devant sa baraque et devant ses chiens qui hurlent à la mort. Heureusement, les chiens préfèrent courser les vaches que nous et nous passons sans trop de soucis.
Nous rentrons juste à temps pour esquiver la neige qui tombe maintenant à gros flocons sur Tach Rabat. Lors d’une dernière éclaircie avant la nuit, nous partons avec les jumelles chasser la marmotte. Non pour en attraper et les faire au barbec mais juste par plaisir des les observer, ces gros tas de poils avec leur air filou. Malheureusement, elles sont beaucoup plus malines que nous et dès que nous approchons, pourtant tout doucement, un peu trop d’elles, elles courent et partent se cacher dans le premier trou qui passe. Nous nous asseyons donc, nous couchons dans l’herbe et faisons les morts en attendant qu’elles ressortent, insouciantes. Mais ces têtes de mules ne ressortent pas et nous restons une heure à observer une tête de marmotte qui dépasse d’un trou et qui, immobile, nous observe tout autant que nous l’observons.
Tach Rabat, c’est vraiment un petit paradis sur terre !
Lucie
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