Nous ouvrons les yeux et pensons avoir atterri au milieu d’ une fête foraine. Nous sortons la table pour prendre le petit déjeuner face aux dunes de sables. Alors que nous avions presque fini, nous entendons des acclamations et un homme qui hurle dans un haut-parleurs. Fab fait le tour du camion et hurle : « une course de chameaux » ! Voilà ce n’était pas la fête foraine mais une course de dromadaires (car une seule bosse !) qui étaient en train de se dérouler à quelques centaines de notre bivouac. Nous nous dépêchons de tout ranger pour aller faire le fête et encourager les chameaux avec les bédouins venus du désert pour faire courir leurs bêtes. Une deuxième course se prépare, nous sommes sur les lieux à tant pour voir la course. Nous décidons de ne pas trop avancer Meiwenti vers les lieux de la couse et nous avons bien fait ! D’un coup, des voitures débouchent de partout, des gens hurlent, courent, gesticulent de partout…les dromadaires arrivent !
Je vous dresse le tableau : un hippodrome (on se croirait à Vincennes !), un premier cercle dans lequel courent les dromadaires, et autour des voitures qui poursuivent les dromadaires pour les encourager ! La plupart des dromadaires ne sont pas montés et une hélice fixée sur leur bosse leur permet de s’auto-encourager, l’hélice les frappant en tournant…ingénieux !! C’est la fête à chaque arrivée de courses, les gens sont très excités et les gens conduisent n’importe comment autour de l’hippodrome. Nous assistons à quelques courses et prenons la route pour Aqaba, les poissons nous attendent ! A la sortie de Rum, nous croisons un américain qui fait du stop jusqu’à Aqaba…nous l’emmenons avec nous, notre premier auto-stoppeur. Nous discutons tout le long du voyage, un américain bien sympathique qui a pas mal voyagé.
Aqaba, seule ville portuaire de Jordanie, à 10km d’Israël et 5 kms de l’Arabie Saoudite. Aqaba a d’ailleurs été échangé par l’Arabie Saoudite à la Jordanie contre 6000km² de désert en 1968. La route qui mène à Aqaba est assez belle, avec vue sur l’Israël. Il y a d’ailleurs un check point avec de pouvoir entrer dans la ville. Arrivés à Aqaba, c’est la déception. Le sable blanc est en fait de la terre rouge, la plage est dégoûtante et nous ne trouvons pas de masques et de tubas pour admirer les petits poissons. Notre ami américain décide finalement de partir en Egypte et nous l’emmenons au port. Une fois au port, il nous donne 5 dinars…nous sommes choqués ! Il nous a déjà payé le repas du midi et en plus il nous donne de l’argent ! Nous refusons, outrés, mais il les balance sur Fab. Bon bah chez nous le stop c’est gratuit, mais on ne doit pas avoir la même notion du stop !
Les plages publiques sont fréquentées uniquement par des jordaniens qui viennent faire des barbecue en familles. Si l’on veut des plages plus aménagées il faut aller dans les plages des grands hôtels. Nous tentons une plage privée mais l’entrée est à 15 euros !! Nous nous rabattons finalement sur une plage publique, assez sale ! Je mets le maillot de bain une pièce, les femmes à côté de moi sont voilées en noir. Fab part explorer les fonds marins en attendant que je me décide à me mettre en maillot de bain. La barrière de corail arrive à deux mètres du bord et des oursins gisent de partout. Nous ne pouvons pas passer la barrière de corail à pied et il n’y a pas assez d’eau pour nager dessus. Nous devons donc nous contenter d’observer les poissons avec peu d’eau. Mais déjà ce que nous voyons si près de la plage est magnifique : des poissons multicolores et des coraux. Nous passons la fin d’après-midi sur la plage, mais Aqaba se sera révélé assez décevant. Rien n’est prévu pour les touristes indépendants et si l’on de débourse pas des mille et des cents nous ne voyons rien ou pas grand-chose des fonds marins. C’est comme partout en Jordanie, on serait même tenté de croire qu’ils découragent autant que possible le tourisme indépendant.
Nous partons passer la soirée dans le centre d’Aqaba. Nous trouvons un restaurant sympathique où nous dégustons un ozi au mouton, du hommos et des shish kebab, un repas typique jordanien ! Nous observons ainsi les familles jordaniennes qui viennent dîner en famille le vendredi soir (wk jordanien). Comme nous l’avions observé avec la famille de Dia, le repas est copieux et vite expédié ! Une dizaine de plats peuvent être accumulés sur la table mais en moins de 15minutes tout est englouti. Les familles partent, laissant sur le sol et la table s’amonceler des tas d’os et de détritus. Les serveurs sont sympathiques, nous passons une bonne soirée. Nous sommes tentés par un thé à la menthe sur la plage. Toutes les petites cabanes de thé se ressemblent et ne nous donne pas vraiment envie. Fab remarque dans un angle, un petit stand qui sort vraiment de l’ordinaire avec des feuilles de menthes qui pendent dans des bouteilles. Nous commandons deux thé et allons passer les deux heures suivantes à discuter et rigoler avec Mahmoud, le propriétaire du stand qui baragouine un anglais assez compréhensible. Il a le regard malicieux et n’arrête pas de faire des blagues. Il nous offre les thé et nous discutons de sa vie, de son regard sur l’Europe, du devenir d’Aqaba.
Mahmoud vient d’une famille de 10 enfants, il est l’un des plus jeunes. Il n’a pas de femme, il ne gagne pas assez d’argent pour payer la dot à la famille. Il a aujourd’hui 46 ans et en parait 60. Il a passé la majeure partie de sa vie à travailler dans le bâtiment. Mais il se fait mal plusieurs fois et doit arrêter de travailler. Il vit dans une chambre avec son frère de 70 ans dont il s’occupe. Il a alors décidé de tenir ce petit stand de thé pour payer les 50 dinars que lui coûte la chambre et de quoi manger. Son stand est très ingénieux : il a plein de petites cachettes, une bougie avec en guise de bougeoir une bouteille d’eau, du thé et autres herbes accrochés de partout. Comme il nous l’a dit, son stand lui aura coûté en tout et pour tout 10 dinars. Il nous dit préférer cette vie modeste à une vie de travail, même s’il aurait beaucoup plus d’argent. Il ne nous comprend pas, nous, européen, qui travaillons, travaillons, gagnons de l’argent mais finalement n’en profitons pas. Il plaisante avec tous les passants, qu’il connaît d’ailleurs très bien depuis le temps qu’il est là. Nous faisons ainsi la connaissance d’un de ces amis, ancien professeurs de psychologie, un brin déjanté et qui est aujourd’hui cuisto dans un restaurant à Athènes. Lorsqu’il se présente, il nomme le nomme de sa famille et de ses ancêtres ! Il nous demande combien nous sommes de Le Bordais en France…je rigole…pas beaucoup !! A priori, en Jordanie, plus une famille est nombreuse, plus elle est importante. Il avait l’air assez dépité d’apprendre que les Le Bordais et les Sarrey ne se comptaient pas par milliers !! Mahmoud restera sans hésitation une de nos plus belles rencontres de notre voyage !
Nous prenons congé à contre cœur mais il est déjà tard. Nous nous arrêtons quelques instants sur la grande place pour regarder les jeunes danser. Des centaines de personnes sont attablées à des terrasses pour boire un thé et fumer le narguilé. Un DJ anime la soirée et des jeunes dansent, heureux de leur soirée…un vendredi soir quelconque à Aqaba !
Nous reprenons la route vers une des plages du sud Aqaba, juste avant la frontière avec l’Arabie Saoudite. Nous sommes seuls sur le petit parking, nous allons passer une nuit au calme. Alors que nous regardions les étoiles avant d’aller se coucher, un bus se gare sur le bas côté de la route et un homme vient à notre rencontre : c’est Ismaet le chauffeur de bus que nous avons rencontré dans les châteaux du désert puis deux fois dans le Wadi Rum !! Il adore le camion et aime venir discuter avec nous ! Il a du nous voir passer dans Aqaba, il a sauté dans son bus et nous a suivi les 10km que nous avons parcouru pour rejoindre la plage. Il vient discuter un moment avec nous, il est très chaleureux et c’est toujours un plaisir de discuter avec lui. Mais là, c’est vraiment trop drôle qu’à minuit il est fait tout ce chemin pour venir nous parler ! Les Jordaniens sont décidément plein de surprises !!
Lucie
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