Avant de quitter Dogubayazit nous prenons un moment pour admirer la vue depuis le palais Ishak Pasa, vue splendide avec en arrière-plan des sommets enneigés. Nous ne pouvons pas visiter le palais car il ne nous reste pas assez d’argent turc, de toute façon nous souhaitons passer la frontière aujourd’hui. Nous partons donc vers Gurbulak, le poste frontière côté turc. A la sortie de Dogubayazit, nous nous arrêtons faire le plein d’essence, nous avons lu que l’essence est rationnée en Iran jusqu’à Tabriz. Cela crève le cœur de mettre 25 euros dans 15 l d’essence, alors qu’en Iran nous ferons le plein pour 2 euros ! N’ayant plus de liquides, nous demandons au pompiste avant de faire le plein s’il accepte les cartes bleus. Il acquiesce, nous faisons remplir 15l d’essence. Au moment de payer, il s’avère que les cartes de paiement ne passent pas ! Nous sommes bien embêtés car nous n’avons plus d’argent. Nous sommes très en colère car le pompiste savait pertinemment que son terminal carte bleue ne marchait plus ! Nous souhaitons donc aller retirer de l’argent en ville mais le pompiste ne nous laisse pas partir, il a peur que nous partions sans payer. La tension monte des deux côtés, nous proposons donc à l’une des personnes travaillant à la station essence de venir avec nous en ville. Personne ne veut venir avec nous , mais ils veulent que nous laissions la voiture à la station essence…c’est hors de question ! La ville se trouve à plusieurs kilomètres, nous n’allons pas perdre la journée avec cette histoire surtout que nous avions prévenu avant que nous n’avions pas de liquide. Fab passe la première et le pompiste s’accroche à la voiture…les nerfs commencent à lâcher des deux côtés. Pour montrer notre bonne volonté, je laisse au pompiste ma carte d’identité…il nous laisse partir. Nous trouvons facilement une banque, je retire de l’argent. Alors que je n’étais même pas encore revenue à la voiture, un homme ouvre la portière de Meiwenti et tend à Fabrice ma carte d’identité…ils nous ont suivi !!! Nous sommes vraiment surpris par cette attitude, la faute vient de leur part et nous sommes traités comme des voleurs. L’homme demande en échange les 50 liras, je refuse de lui remettre et nous retournons à la station essence. Sur le chemin, Fab s’amuse à essayer de semer le gars, l’autre derrière flippe il n’a ni l’argent ni la carte d’identité. Nous retournons à la station-service payer, nous sommes en colère contre eux. Nous donnons l’argent et n’échangeons même pas un regard, je crois que tout le monde a été contrarié par cet évènement.
Nous partons ensuite vers la frontière en nous disant que la journée commence mal. Nous sommes tout de même soulagés d’avoir pu retirer de l’argent et que cette histoire se termine. Nous longeons le Mont Ararat mais les nuages nous empêchent de voir son sommet, qui culmine à plus de 4000m. Les paysages sont splendides jusqu’à la frontière. L’entrée de la frontière côté turque en embouteillée par des camions à l’arrêt. Nous passons sur le côté et pénétrons dans la zone de frontière. Les formalités turques sont réglées assez rapidement, à part le policier qui avait oublié de tamponner mon passeport à l’entrée. Nous changeons nos livres syriennes en rial iranien au noir, ce qui nous sera finalement utile à la frontière iranienne. Puis, je revêts mon voile, ce voile qui me tracasse depuis quelques jours. Depuis que je l’ai acheté, j’ai réalisé ce que c’est de porter un voile toute la journée, j’ai peur de l’oublier en sortant de la voiture, ou bien qu’il tombe alors que je suis dans la rue. L’Iran a l’air tellement strict avec le voile que j’ai peur d’avoir des ennuis. Me voilà habillée, nous partons en Iran !
Dès notre entrée dans les douanes iraniennes, nous sommes pris en charge par les douaniers. Nous faisons tamponner notre entrée en Iran, puis enregistrons notre véhicule avec le carnet de passage en douane. Nous n’avons rien à faire, les douaniers se chargent de toutes les formalités et tout se trouve dans le même bureau. Ce n’est vraiment pas comme en Syrie où nous devons cavaler dans toutes les douanes pour trouver où faire tamponner ou payer telle ou telle taxe. Non, les douanes iraniennes ne nous demandent rien : ni taxes, ni bakchich…nous n’avons absolument rien à débourser. Un des douaniers nous donne notre reçu pour retirer nos plaques iraniennes à Tabriz. Nous leur disons que nous ne souhaitons pas acheter les plaques iraniennes, les douaniers nous font comprendre que c’est la procédure mais que nous les prenions ou pas à Tabriz ils s’en fichent ! Nous ne disons rien mais nous n’irons pas acheter ces plaques, nous avons lu partout que nous sommes beaucoup plus embêtés avec des plaques iraniennes qu’avec des plaques françaises et que c’est une galère pas possible pour les acheter et les rendre. Je suis docile, suis Fab de partout mais ne me mêle pas des formalités…c’est une affaire d’hommes en Iran !
Un des douaniers souhaite contrôler Meiwenti. Je laisse Fab avec le douanier et alors que je me tiens un peu à l’écart, il demande discrètement à Fab s’il a de l’alcool ou des revues porno, les deux étant interdit en Iran. Fab répond par la négative mais rigole du ton que le douanier à pris pour poser cette question, en faisant bien attention que je n’entende pas, il ne veut pas me choquer par cette question ! Il demande ensuite par trois fois si nous avons des animaux…tout est en ordre, nous pouvons entrer en Iran ! Les formalités sont expédiées en moins de trois quart d’heure…un record de facilité et de rapidité !
Nous entrons en Iran, onzième pays de notre voyage ! Nous sommes très heureux d’être arrivés jusque là, l’Iran fait parti de nos pays fétiches que nous tenions absolument à visiter. Le paysage est magnifique de ce côté-là de la frontière et le soleil s’est levé. La lumière reflète les couleurs de l’automne est les montagnes environnantes. Nous entrons dans Maku et la première chose qui me frappe sont ces femmes, qui portent le voile sans tenir compte de leur cheveux qui dépassent largement. En voici une qui porte le voile sur la moitié de la tête seulement, en voilà une autre qui porte un manteau court ! Eh bien il m’aura fallu à peine vingt minute en Iran pour comprendre que toutes ces précautions ne valent rien une fois dans le pays. Je vois seulement quelques femmes porter le tchador, les autres sont habillées normalement. Nous sommes encore au Kurdistan et côté turc les femmes portaient le voile de la même manière, cela sera donc peut-être différent dans d’autres parties de l’Iran, mais pour le moment je me permets donc d’enlever le bandeau qui me tient les cheveux sous le voile et de laisser mes cheveux sortir du voile. Je m’adapte vite !!!
Recommandée dans le retour, Maku est en fait une ville étendue le long d’une quatre voies sur une dizaine de km. Le paysage autour est magnifique mais la ville en elle-même n’a aucun intérêt. Nous souhaitions dormir là ce soir mais finalement nous continuons notre route. Nous décidons d’aller jusqu ‘à l’église Qareh Kalisa, une des plus belles églises d’Iran qui est perdue dans les montagnes. La route est plus longue que prévue et sillonne au travers de collines arides. Les nuages nous cachent un peu la vue mais le paysage reste très dépaysant. Nous croisons des voitures qui, voyant nos plaques étrangères, nous klaxonne et nous font des appels de phares pour nous saluer. Il faut dire que nous sommes bien paumés dans les montagnes. La neige se met à tomber et nous commençons à renoncer à atteindre l’église lorsque nous voyons enfin le panneau nous indiquant le site. Heureusement que nous avons les noms écrits en farsi car aucun panneau ne sont écrits en anglais. Fab conduit, je suis chargée de repérer les noms des villes, pour le moment c’est de la rigolade…mais attendons les grandes villes !
Nous arrivons à l’église mais un troupeau de moutons nous barre la route. Les chiens des bergers ne nous laisse pas passer et nous nous retrouvons bêtement bloqués au milieu de la route. Heureusement, une voiture passant par là vient à notre rescousse et demande au berger de faire dégager ses moutons de la route…nous repartons. A l’église, nous sommes accueillis par le gardien qui nous demande directement si nous avons des médicaments contre le mal de tête. Nous sortons deux aspirines et lui donnons. L’église est assez petite et ne vaut pas vraiment le détour mais le site est splendide, nous dormirons là ce soir. Grâce au décalage horaire (+1h30 avec la Turquie), nos journées vont de nouveau être des journées remplies car le soleil se couche à 18h (à Erzurum il faisait nuit à 16h). Nous sommes près du château mais la nuit noire nous intimide quelque peu. Les lumières du château reflète les montagnes enneigées, il n’y a pas un bruit, nous avons le lieu pour nous. Notre premier bivouac en Iran est impressionnant mais nous nous y sentons bien et passons une belle soirée, heureux d’être enfin en Iran ! Nous rêvons déjà de Shiraz, de Persépolis et d’Ispahan, des noms qui sonnent comme les contes des Milles et Une Nuits. Mais pour le moment, nous souhaitons passer quelques jours dans le nord pour savourer cette ambiance de montagne et prendre le temps de s’acclimater à ce nouveau pays.
|