Dimanche 28 juin 2009
Chalous
Nous profitons de notre emplacement sous les arbres pour nous reposer de ces longues journées de route. Nous avons 4 jours à perdre, autant en profiter pour ne rien faire !!! Nous entendons rôder autour de la voiture ce matin mais en Iran, nous ne pensons pas à mal. Nous réaliserons un peu plus tard qu’on nous a encore piqué nos pompons de voiture pakistanais ! Fab avait carrément démonter les rétros pour fixer les pompons, pour les enlever il a fallu les couper au couteau (la corde était vraiment très épaisse). Bref, Meiwenti a perdu ses boucles d’oreilles, les iraniens ne sont donc pas tous si cool que ça !
Nous partons visiter Chalous, nous voulons voir la Mer Caspienne. On se balade mais il est midi et tout est en train de fermer. L’air est moite, il n’y a pas grand monde dans les rues à part quelques gamins qui zonent et nous ennuient. Alors que nous étions en train de manger un sandwich dans un fast-food (en Iran il n’existe que des fast-food !!!), une dame entre dans le resto où nous mangeons, commande un sandwich et revient vers nous, l’air pressé. Elle nous demande d’où nous venons, nous lui expliquons que nous sommes en voiture et que nous voyageons depuis bientôt un an. Elle nous lance qu’elle doit retrouver son mari mais qu’elle serait heureuse de nous recevoir chez elle si nous avons le temps. Enthousiastes, nous acceptons l’invitation. Nous devons l’attendre le temps qu’elle retrouve son mari au garage (sa voiture est en panne) mais elle va repasser nous chercher. Nous finissons tranquillement de manger mais 30mn plus tard elle n’est toujours pas revenue et nous décidons donc de partir. Alors que nous quittions la ville, une voiture nous rattrape à grand coups de klaxon et d’appels de phares…c’est la dame du fast-food ! Elle n’arrête pas de s’excuser, à l’air un peu paniqué et ne sait pas trop comment faire pour nous amener chez elle. Elle nous propose de laisser la voiture devant un parc à quelques centaines de mètres de sa maison et de monter dans sa voiture. Nous approuvons et partons.
Dès que nous sommes arrivés chez le couple, l’homme prépare quelques affaires et part à Téhéran. Nous restons seuls avec la dame, Roya. Elle nous demande nos métiers, elle nous fait jurer que nous ne sommes pas journalistes. Elle a l’air d’avoir peur, nous la rassurons en lui expliquant notre voyage. La conversation débouche très rapidement sur la situation en Iran. Roya a besoin de parler, elle est profondément touchée par la tournure que prend la réélection d’Ahmadinejad. Roya voyage beaucoup, elle adore Paris. Elle fait partie de cette société iranienne nostalgique du Shah, classe moyenne, 60 ans et deux enfants très libérés. Chacun fait sa vie, ses enfants peuvent choisir leurs maris et femme, leur métier etc. A la maison tout le monde est en T-shirt et sans voile, même à l’extérieur son voile tombe souvent sur ses épaules. Elle nous raconte que son fils aimerait plus que tout être musicien, mais en Iran, aujourd’hui, cela est impossible. Les concerts sont bannis, son fils a acheté sa première guitare au marché noir. Depuis quelques temps la situation a un peu évolué et il a droit de posséder une guitare mais il n’a pas le tempérament pour passer outre les interdits…il se contente donc de jouer devant sa famille et ses amis proches.
Les sanglots lui échappent lorsqu’elle nous raconte ce qui se passe à Téhéran, les étudiants qui manifestent, les policiers qui battent les jeunes avec des matraques jusqu’à la mort, qui cassent les bras aux jeunes qui manifestent. Quel courage il faut à ses jeunes pour aller manifester au péril de leur vie contre un gouvernement qui les écrase. Elle nous demande la situation dans Téhéran, nous lui expliquons les contrôles de police dont nous avons été l’objet, elle prend peur pour nous et nous dit de faire bien attention. Roya est complètement parano et nous comprenons que si nous avons garé la voiture devant le parc, c’est pour que personne ne voit dans son voisinage qu’elle accueille des étrangers chez elle. Elle est frustrée car elle aimerait nous emmener à la plage, nous faire visiter Chalous mais elle a peur. Nous ne souhaitons pas la mettre dans l’embarras et lui assurons que nous sommes tout aussi bien chez elle à discuter. Elle nous raconte la plage de Chalous et comment la plage est séparée entre les hommes et les femmes. Nostalgique, elle nous explique que lorsqu’elle avait 15 ans, elle allait sur la plage se baigner avec des copains, en portant des mini-short et des petits hauts moulants…l’Iran est bien loin de cela aujourd’hui !
Nous visionnons Euronews et la BBC, ça fait tellement longtemps que nous n’avons pas regardé la TV. Mais les infos tournent autour de la situation en Iran et Roya tremble rien que de voir les images de son pays. Elle songe à quitter l’Iran pour aller retrouver ses frères et sœurs qui vivent au Etats-Unis mais elle aime trop l’Iran. Elle est rentrée des Etats-Unis pour vivre en Iran, ce n’est pas pour y retourner. Elle aimerait par-dessus tout vivre à Paris, mais elle n’a pas l’argent. Elle reste donc à Téhéran, totalement impuissante et très angoissée pour la vie de ses enfants.
Elle nous prépare des spaghettis à la bolognaise, son mari déteste ça (il dit que c’est de la nourriture pour les gamins), elle en profite donc pour nous faire plaisir. Elle n’arrête pas de parler de la voiture, elle a peur qu’on soit cambriolés. Nous qui nous inquiétons rarement pour la voiture commençons à paniquer. Nous avalons nos pâtes et décidons d’aller nous coucher. Roya ne veut pas nous laisser partir seuls. Nous sortons donc doucement de chez elle et elle nous accompagne jusqu’à la voiture, surtout pour s’assurer qu’elle n’a rien. Nous ne parlons pas, elle a peur que quelqu’un voit des étrangers. En fait Roya vit depuis quelques jours dans cette parano qui a englouti le peuple iranien, Ahmadinejad a gagné, les gens ont peur.
Lucie
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Lundi 29 juin 2009
Chalous – Gorgan
Après un petit déjeuner au bord de la route face au seul petit bout visible de la Mer Caspienne entre deux maisons, nous quittons cette région assez moche. La route vers Mashad est monotone, nous parcourons des kilomètres dans la plaine, les villes s’enchaînent, la région n’est vraiment pas belle. Heureusement, nous trouvons une belle forêt pour passer la soirée. C’est en fait un camping. Nous passons la fin d’après-midi sous les arbres, nous sommes bien. Nous pensions être peinards lorsque nous remarquons une voiture arrêtée un peu en retrait de notre emplacement depuis quelques minutes. Je remets mon voile, et nous regardons fixement l’homme qui est à l’intérieur. Il se dirige vers nous, il est en fait gardien du camping et nous demande de le suivre car l’emplacement où nous sommes est dangereux ! Dangereux ? Fab essaye de négocier, lui dit que nous voulons juste être tranquilles, l’homme appelle les flics. Ca recommence ! Nous le suivons et il nous emmène sur un emplacement en béton, regroupés avec d’autres iraniens venus pique-niquer. Les flics arrivent et contrairement à ce que l’on pensait ne nous demande pas nos passeports mais nous expliquent que le parc est un peu craignos la nuit et que nous serons donc mieux ici. A peine les flics partis, deux camionneurs nous apportent à boire, puis d’autres personnes nous apportent des fruits. Les gens regardent l’intérieur de la voiture, nous échangeons quelques sourires et les gens repartent à leur pique-nique. Les iraniens, même en cas de crise, ne peuvent s’empêcher d’être hospitalier avec les étrangers ! Effectivement ça zone dans le parc la nuit et nous nous sentons mieux auprès des familles iraniennes.
Lucie
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Mardi 30 juin 2009
Gorgan - Mashad
Nous reprenons notre route vers Mashad. Mashad est une ville sainte en Iran, elle est souvent comparée à La Mecque mais pour les chiites. J’ai quelques appréhensions à nous rendre à Mashad, surtout en ce moment. Les gens sont réputés plus religieux et à chaque fois qu’il y a des grosses violations des droits de l’homme, c’est régulièrement à Mashad. La charia est plus que partout en Iran appliquée dans cette région, je ne voulais pas venir à Mashad.
C’est donc avec beaucoup de surprise que nous découvrons une ville agréable, pas du tout austère comme son nom le laisse penser. Nous tournons dans la ville à la recherche d’un parking d’hôtel pour être tranquilles mais les hôtels du centre-ville n’ont pas de parking. En roulant, Fab repère un magasin de matériel de camping et vu que les Iraniens adorent le camping, on en déduit qu’il doit bien y avoir un camping dans le coin. Effectivement, après avoir demandé notre route au magasin de matériel de camping, nous finissons par dégoter le Baba Gondrat Camp, le camping de Mashad, qui n’a rien à envier au Camping de la Grande Motte en plein mois d’Août. Les tentes s’entassent, non pas dans les espaces verts du camping mais sur le goudron ! Les iraniens ont l’habitude de planter leur tente sur le goudron, nous avons remarqué cela dans tout le pays. Mais même au camping, les plaques de béton poussent dans les espaces verts pour que les gens puissent poser leur tente. C’est fascinant !
Après autorisation, et même invitation puisque pour nous le camping sera gratuit, on nous conduit dans une allée, notre emplacement. Quelques heures plus tard, un dizaine de voitures et tentes auront également pris possession de l’allée et nous nous demandons comment nous allons sortir de ce bazar demain matin !
Nous profitons de la soirée pour goûter les brochettes qui cuisent un peu partout dans le camping et nous passons une soirée agréable.
Lucie
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Mercredi 1er juillet 2009
Mashad
27 ans à Mashad !
Nous nous étions promis de ne pas fêter mon anniversaire en Iran et nous voilà à Mashad pour le premier juillet ! Tant pis, ce que nous souhaitons plus que tout aujourd’hui c’est nos visas du Turkménistan, aujourd’hui la décision sera prise de continuer le voyage vers l’Asie Centrale ou de rentrer en France par la Turquie. Si nos visas turkmènes sont refusés, il nous sera impossible de poursuivre notre route.
C’est donc avec une petite boule au ventre que nous arrivons devant l’ambassade du Turkménistan à Mashad. Quelques iraniens ainsi qu’un allemand patientent déjà. Une heure après l’heure normale d’ouverture, le guichet est toujours fermé. L’allemand a été rejoint par deux autres allemands, un espagnol et le propriétaire du B&B dans lequel ils dorment, qui les aide dans leurs démarches administratives. Lorsqu’un turkmène bien placé arrive au boulot et qu’il voit ce tas d’étrangers accompagné d’un « guide » devant l’ambassade, il fait un geste de la main et nous annonce qu’en raisons de problèmes informatiques, nous devons revenir à 14h. La journée s’annonce mal… !
Le « guide » nous propose d’aller chercher les formulaires demandés par l’ambassade dans un magasin de photos à côté. Une heure après nous avons notre dossier prêt. Le process des visas est un peu particulier : nous avons déposé une demande de visa à Téréhan, la demande a été envoyée et traitée par Ashgabat. La réponse est envoyée à Mashad. Si notre visa est acceptée, nous allons devoir fournir un formulaire précisant la date et le lieu d’entrée au Turkménistan ainsi que les informations habituelles.
Après avoir constitué notre dossier, nous retournons sans les allemands vers l’Ambassade. Nous sommes persuadés que si nous revenons seuls, nous aurons une chance de les avoir aujourd’hui, mais à 6 étrangers, c’est impossible. Fab réussit à discuter avec la dame en charge des visas et elle nous propose de revenir à 11h. Entre temps nous allons nous balader dans les rues commerçantes de Mashad, la population a le sourire, je suis réconciliée avec Mashad.
A 11h nous sommes devant l’ambassade qui est toujours fermée, c’est maintenant une bonne vingtaines de personnes qui attend devant. Un homme nous fait signe d’appeler un employé à l’interphone et c’est la même dame qu’une heure plus tôt qui vient nous parler à la grille. Elle nous fait entrer dans l’ambassade, nous prend nos passeports, nous demande notre dossier (heureusement il est prêt !) et quelques minutes plus tard réapparaît avec notre visa !!! Miracle, nous ne pensions pas que cela serait si simple !
Nous ressortons triomphant de l’ambassade, Fab esquisse même quelques pas de danse…le voyage continue…direction l’Asie Centrale !!! Nous sommes tellement heureux de pouvoir tourner la page Pakistan et Iran, de reprendre le cours normal de notre voyage, et on l’espère revivre de beaux moments comme au début du voyage. On décide d’aller fêter ça en mangeant un « fesenjun » que la femme du « guide » a préparé. Ils ont ouvert un B&B chez eux, assez sympa d’ailleurs et nous en profitons pour utiliser Internet et prévenir les parents à Fab qu’ils peuvent acheter leurs billets d’avion pour venir nous rejoindre en Ouzbékistan. Nous prévenons les allemands et l’espagnol, ils repartent en vitesse à l’ambassade. Mais ils auront moins de chance, l’ambassade ne veut plus recevoir personne aujourd’hui. Pour une fois depuis longtemps, la chance est revenue !
Nous allons ensuite visiter Mashad mais je ne veux pas porter le tchador, il nous est donc impossible de nous approcher du sanctuaire de l’Imam Reza que les chiites viennent vénérer. Les non-musulmans n’ont pas le droit d’entrer dans le sanctuaire mais peuvent approcher, à condition que les femmes portent le tchador. Nous décidons de faire l’impasse et partons nous balader dans le bazar où nous en profitons pour dépenser nos rials : pistaches, feta, safran…plein de produits locaux bon marché.
Nous retournons fêter mon anniversaire au camping, au menus crêpes ! Fab avait même caché un pot de Nutella acheté au Pakistan pour mon anniversaire !!! Nous passons une belle soirée, les visas turkmènes auront été un beau cadeau d’anniversaire !!!
Lucie
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