Le parking sur lequel nous avons arrêté Meiwenti hier soir tard s’est révélé assez bruyant et à 7h30 nous étions debout. De toute façon aujourd’hui l’idée est de partir pour le Kosovo. Nous rangeons rapidement le bivouac et avalons une tartine rapidement avant de prendre la route. Je conduis en premier, Fabrice étant en phase de réveil à cette heure matinale. Le route est splendide, nous longeons une gorge. Je stresse un peu car le vide n’est pas loin et les monténégrins roulent comme ils peuvent et où ils peuvent : à gauche, à droite, au milieu. J’ai surtout peur quand ils doublent en plein virage et que malencontreusement ils se retrouvent nez à nez avec un camion qui arrive en sens inverse. Je dois donc piler pour qu’en se rabattant in extremis, la voiture ne m’arrache pas l’aile avant gauche de mon cher Meiwenti…ce qui nous conduirait tout droit dans le précipice. Tout ca pour dire que nous roulons lentement et que nous faisons 60kms en deux heures.
Une fois arrivés à Kolasin, les panneaux d’indications sont de nouveaux en russe. Malheureusement, je ne vois pas les villages que nous souhaitons traverser indiqués. Nous demandons à un policier la direction du Kosovo. Nous faisons marche arrière et repartons sur la nationale avant de nous rendre compte que nous ne prenions pas la direction souhaitée. Nous nous arrêtons une deuxième fois et je vais demander à un groupe de Monténégrins la direction de Velina. Ils m’indiquent la route que nous avions pris au départ et repartons donc dans la première direction. Nous ne souhaitons pas remonter jusqu’à Mitrovica (au nord du Kosovo) mais souhaitons simplement rejoindre Pristina avant de redescendre sur la Macédoine. La route que nous souhaitons emprunter pour passer la frontière vers Pek est une route secondaire mais semble à priori assez bonne. Nous roulons donc confiants mais tombons rapidement nez à nez avec notre premier obstacle : la route est barrée et une piste semble contourner le barrage. Nous demandons conseil à un vieux monsieur qui se trouvait là et il nous dit que nous pouvons y aller sans problème. Nous faisons 300m de piste assez rude pour contourner le barrage et retomber sur la route. Meiwenti roule bien, nous sommes contents.
Nous continuons notre route à travers la montagne, traversons des villages tels que Kralijske Bare, Prisoja et arrivons après plusieurs heures de route à Velika. La frontière devrait se trouver à une dizaine de kms de là. Il est déjà plus de midi et nous ne sommes toujours pas au Kosovo. Nous hésitons à y aller aujourd’hui mais continuons tout de même en direction de la frontière. Soudain, la route laisse la place à la piste. Nous roulons 6 kms sur un chemin chaotique et croisons des monténégrins en train de ramasser du bois. L’hiver doit être rude par ici car l’activité principale à cette saison est de couper et ramasser le bois pour se préparer à l’arrivée de l’hiver. Il s’avère que la route que nous empruntons jusqu’à la frontière a été fermée par l’armée française et que le poste frontière indiquée sur notre carte est fermé ! Ce que nous craignons est arrivé ! Le couple a qui nous avons demandé notre chemin a une carte de l’ancienne Yougoslavie. Il la sorte et nous montre la route que nous devons prendre…qui s’avère être la route que le policier de Kolasin nous avait conseillé. La dame parle allemand et nous échangeons avec mon reste d’allemand du Lycée. Elle nous écrit les noms des villes sur un morceau de papier, nous discutons un peu, échangeons des poignées de mains et repartons en sens inverse. Nous n’étions qu’à 13kms de la frontière et maintenant nous devons faire un détour de plus de 100kms pour retrouver un autre poste frontière.
Nous ne regrettons pas ce détour, les paysages étaient splendides, nous avons traversé des petits villages très typiques que nous n’aurions pas vu en empruntant la nationale. Il sera trop tard pour traverser le Kosovo aujourd’hui et décidons donc de prendre notre temps. Nous nous arrêtons pour déjeuner face à un panorama magnifique sur les montagnes. Puis nous prenons la direction de Murano-Andrijevica-Berane-Rozaje. Ce détour nous prend l’après-midi. Nous nous arrêtons à Rozaje pour visiter le village (qui est une station de ski l’hiver). C’est un petit village assez animé, avec des voitures immatriculées au Luxembourg de partout. Il semble que soit beaucoup de Monténégrins aient immigrés au Luxembourg et reviennent pour les vacances. C’est assez déroutant de se retrouver là. La ville est en construction, c’est un chantier géant. Il y a pour le moment une rue principale avec quelques bars, quelques immeubles sont en construction. Nous prenons un chemin qui part vers la forêt et faisons une marche d’une heure à travers des fermes. Les champs sont verdoyants et l’herbe est coupée avec soin de telle sorte qu’on dirait que les collines sont recouvertes de mousse. Nous voyons beaucoup de maisons en construction, des maisons à plusieurs étages qui sont habitées au rez-de-chaussée en attendant que les propriétaires aient l’argent de continuer la construction.
Au retour nous nous arrêtons dans une Pekara (boulangerie) pour acheter un pain et en profitons pour prendre une part de burek qui sortait du four…nous n’avons pas pu résister. Nous nous asseyons sur un banc en centre-ville et regardons les gens qui passent : toujours entre modernité et traditions. Nous trouvons un bivouac à quelques kms de la frontière, dans la forêt. Nous avons encore eu quelques frayeurs quand nous avons entendons une chèvre…puis deux grognements assez forts tels ceux d’un ours. Les frontières sont denses ici et les ours peuvent arriver près des habitations. Nous ne faisons pas les malins, surtout que nous attirons beaucoup l’attention des voitures qui passent dans la montagne. La nuit tombe vite et nous nous réfugions dans Meiwenti.